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Terrain d’aventure : intérêts éducatifs ! Une réelle aventure au pied de chez soi !

Terrain d’aventure – point de vue historique

L’idée du Terrain d’Aventure est né au Danemark en 1943 (première date identifiée) dans le cadre de la reconstruction de villes avec le constat d’un réel manque d’équipements enfance. A Emdrup, banlieue de Copenhague, un urbaniste paysagiste observe les enfants et repère que c’est un terrain de jeu idéal : création d’un espace clos sur un terrain de chantier. Dans ces espaces clos il peut se vivre du jeu, du bricolage, de la construction libre à partir de matériaux simples et majoritairement récupéré.

Ces espaces se sont développés en Europe sans forcément les mêmes noms : « Plaine Robinson » en Suisse, « Terrain bric à brac » au Danemark, « Terrain de bricolage » en Allemagne et en France entre autre « Terrain d’aventure »
En France les terrains apparaissent dans les années 70 grâce à l’impact de Mai 68 qui permet souffle de liberté dans les différents espaces d’éducation et en lien avec l’émergence d’espaces de friches dans le cadre de la rénovation de certains quartiers populaires. A Nantes par exemple nous avons connu la META (Maison de l’Enfance et des Terrains d’Aventure) à Bellevue. Le nom reste mais n’a plus que le nom. Mais le projet avait été initié par l’UFCV de Loire Atlantique en 1973.

Les intérêts éducatifs des Terrains d’Aventure

Le sens de l’activité : une activité productrice
L’activité doit avoir du sens. On ne fait pas pour rien. L’activité peut avoir un sens esthétique :artistique, art plastique, production littéraire…avec un objectif de montrer. Soit l’activité a un usage. Cela entre dans une logique de projet ou à minima de chaînes d’activités. Quand je construis des marionnettes c’est pour jouer avec, se lancer dans un spectacle, une représentation de marionnettes. Quand je construis un bateau c’est pour jouer avec, le faire flotter. Il en est de même sur le Terrain d’Aventure.
On est dans une logique de jouer en fabriquant et fabriquer en jouant. Je construis une cabane, un pont de singe pour m’amuser dessus, pour grimper dessus. Cela peut entrer dans une logique de projet, ce qui est souvent le cas des grosses cabanes.

Un caractère collectif qui s’inscrit dans un cadre de liberté
La liberté :
Les Terrains d’Aventures sont souvent libres d’accès (pas d’inscription préalable, entrées – sorties libres et permanentes) Il n’y a bien un cadre posé par des adultes mais pas de programmes d’adultes (on doit construire demain x cabanes avec tel groupe d’enfants…) Il y a une liberté de faire, ou ne pas faire. On peut donc :

  • se poser seul dans un hamac, sur une araignée, dans une cabane
  • se poser avec un groupe de copains et copines
  • s’essayer sur l’usage d’outils
  • se lancer dans une construction individuelle ou collective
  • commencer et arrêter
  • expérimenter
  • Défaire pour refaire
    Le terrain d’aventure ce n’est pas un parcours d’accrobranche
    Le premier mouvement de surprise des personnes que nous accueillons sont souvent de cet ordre : ici, on ne trouvera pas une prestation dans un parcours codifié et construit par d’autres.

Un cadre :
Nous sommes dans un cadre de liberté avec des règles mais en nombre réduit. On limite les règles au strict nécessaire et besoin :

  • Droit d’entrée et sortir quand on veut
  • On se présente au Magasin (lieu de stockage des outils) la première que l’on vient pour avoir une présentation du terrain d’aventure
  • On n’a pas le droit de détruire de cabanes en dehors d’une décision collective
  • Les animateurs peuvent démonter une partie d’une cabane si celle-ci s’avère dangereuse
  • L’usage du matériel, du consommable (palettes…) peut faire l’objet de discussion (partage)
  • Le terrain doit rester propre
  • Le feu est interdit (ce n’est pas le cas de tous les terrains d’aventure en Europe. Mais nous avons décidé d’y aller progressivement…)
    Le cadre est important au regard est important. Il laisse beaucoup d’autonomie mais doit être tenu par les adultes. Le risque est de tomber rapidement dans une forme de relations inégalitaires : la loi du plus fort qui impose sa loi aux autres ; l’usage des cabanes par exemple.

Des règles se rajoutent au fils des semaines. Des réunions, conseils sont proposés plusieurs fois dans la semaine pour échanger, réguler, prendre des décisions. Sur le terrain d’Angers par exemple est apparu deux nouvelles règles :

  • en 2019 suspension de l’usage des outils électriques entre 13 et 16h00 pour ne pas gêner les siestes sur le terrain mais aussi dans les barres d’immeuble.
  • en 2020 obligation d’avoir des chaussures quand on a le pied-à-terre. Tous les soirs on passe le grand aimant pour récupérer les vis et clous, mais il en reste toujours.

Le collectif :
Les constructions sont majoritaires collectives. Le collectif impose donc la construction d’une intelligence collective : il faut réfléchir collectivement sur ce que l’on souhaite construire, élaborer les plans, réfléchir sur qui fait quoi. Au fil des journées cela peut se rediscuter au fil des évaluations, des nouvelles idées, des réussites et des difficultés. L’adulte n’intervient qu’à la demande, quand il repère le groupe en difficulté. Il peut être instauré des temps de bilan, de régulation. Parfois des conflits émergent et peuvent engendrer des dégradations, des vengeances entre cabanes et nécessitent aussi des régulations et de l’institutionnel… On détruit les cabanes les plus vieilles, ou celles que personne n’utilise pour faire de la place. On récupère le bois en bon état et on brûle le reste. La dynamique du terrain d’aventure peut nous faire penser à celle d’un petit village qui se construit progressivement.

La prise de risque
La liberté : c’est aussi se confronter à la prise de risque et à la vivre. La liberté s’inscrit dans un processus de décision, de choix. Mais la liberté c’est aussi apprendre à vivre le risque : pour apprendre à anticiper le danger, à le maîtriser, et à ressentir l’immense bonheur d’y parvenir. La prise de risque se situe sur plusieurs éléments : grimper, aller vite, se servir d’outils dangereux, être près d’éléments dangereux (l’eau, le feu), se battre, et se promener seul, hors de la vue d’un adulte.

Une réappropriation de l’espace et des matériaux
Avec l’extension des Villes, le jeu de l’enfant a évolué. Le jeu autonome s’est réduit par la réduction et la bétonisation de l’espace. Peu à peu, on a interdit ou réduit l’accès aux cours d’immeubles (ils font trop de bruit) aux trottoirs. La rue appartient trop souvent aux voitures. En parallèle le temps et le rapport à l’écran a fait évoluer la pratique de jeu. L’enfant passe aujourd’hui plus de temps devant l’écran qu’à l’accueil de loisirs. Rares sont donc les moments, les temps où l’enfant est autonome, sans contrôle, sans être vu par l’adulte libre de faire ou ne pas faire, de rêvasser, de préparer des bêtises, de bricoler… L’espace de jeu de l’enfant s’est modifié au fils des dernières décennies.
Il existe des aires de jeu et depuis le 19ème siècle, avec comme premier objectif de canaliser l’énergie des enfants de prolétaires afin qu’ils ne traînent pas dans les rues. Mais après ce premier objectif, les aires de jeux (consciemment ou pas) ont reproduits les mêmes formes (toboggans…) avec par conséquent un jeu aseptisé, standardisé, des comportements sociaux et moteurs uniformisés, réduisant la capacité créatrice dans le jeu de l’enfant. Les mouvements sont répétitifs, les aménagements ne peuvent pas évoluer et conçus de telle manière à ce que l’enfant puisse très souvent être sous surveillance ou au moins regard de l’adulte.
« Rares sont désormais les moments où l’enfant est autonome, sans le contrôle d’un adulte, libre de rêvasser, de bricoler, de ne rien faire ou de préparer une quelconque bêtise » Thierry Pacquot, La ville récréative, 2015

Le Terrain d’aventure permet donc :

  • un aménagement qui évolue
  • un aménagement qui se construit collectivement avec donc du pouvoir d’agir
  • une activité créatrice
  • un espace que les enfants se réapproprient
  • un espace où l’on se retrouve
  • un espace où l’on expérimente

Il est d’ailleurs un « rigolo » de voir les enfants vouloir déborder le terrain d’aventure et de vouloir modifier l’aménagement d’autres espaces du quartier (une aire de jeu, un espace vert...)

Une pédagogie spécifique et une place singulière de l’adulte

Le Terrain d’Aventure est un espace très intéressant du point de vue pédagogique. L’adulte doit être « discret », laisse au maximum vivre l’autonomie tout en maintenant un cadre. Nous sommes donc dans un travail permanent autour de l’autonomie, dû laisser faire et du soutien nécessaire (techniques ou dans la relation sociale) La place des adultes est donc délicate avec une posture à construire sur entre sa dose d’interventionniste possible. S’ils entrent donner un coup de main sur le terrain, ils risquent de se prendre au jeu et de construire leur belle cabane. S’ils interviennent dans un conflit, ils en empêchent la résolution par le groupe d’enfants. Mais s’ils laissent faire trop longtemps on risque l’échec qui ne peut pas être une pédagogie. Terrain pédagogique extraordinaire et intéressant à analyser !

Ce n’est pas facile de laisser les enfants grimper aux arbres, planter des clous, faire du feu… Pas facile de ne pas intervenir, ne pas montrer de l’inquiétude… Cela nous renvoie à nos craintes, au fantasme ou au mythe de vouloir tout contrôler et de réduire le risque à zéro. C’est dans cette logique qu’au nom de la sécurité, parents et structures bornent trop souvent la liberté, normalisent les jeux, multiplient les interdits, mettent fin aux initiatives. Pourtant on sait bien, tous et toutes, que l’on n’apprend pas à marcher sans tomber.

En France des Terrains d’Aventure existaient en nombre dans les années 70. Le dernier a fermé en 2012 à Paris (« Les petits pierrots ») Aujourd’hui 4 dans les Pays de la Loire mais encore temporaires (pas d’ouverture à l’année) Ces fermetures s’inscrivent dans la peur de la prise de risque chez l’enfant et sont les résultantes de politiques d’organisateurs et non de l’État. Il convient d’aller contre ce mythe que l’État nous interdit, nous empêche de faire. Cela peut arriver dans l’absolu. Mais ce n’est pas ce qui est arrivé aux terrains d’aventures. D’ailleurs ce sera confirmé à chaque invitation des DDCS (direction départementale de la cohésion sociale) : à ce jour nous avons invité les DDCS 72 et 49 et d’autres projets existent dans les mois à venir.

Dans les années 70 les fédérations d’éducation populaire impliquées vont progressivement lâcher l’affaire, fermer les terrains en prétextant une crainte, des éléments juridiques inexistants. Face à ces fermetures quelques personnes essaient de réagir dans les courants des pédagogies alternatives. Dans la revue Autrement « Dans la ville, des enfants (oct 1977) », Henri Dougier écrit : "Où sont-ils les enfants ? La rue est adulte, les espaces balisés, les interdits et la peur promulguée. Aller au-delà de la pédagogie, de ses codes, et de ses gadgets est difficile même dans ces ateliers et ces "écoles parallèles", qui se heurtent aux mêmes obstacles : la peur du risque, le conformisme, les règlements. Le vide, le flou, le spontané, ça rappelle 68, ça fait peur, ça dérange. Et pourtant c’est ce qu’ "ils" demandent : des lieux qui soient leur création, leur propriété, leur terrain de refuge et d’activité - cabanes, terrains vagues, vieilles maison. Des lieux non voulus, non programmés par les autres !”

Le retour des terrains est une bonne nouvelle. À nous de construire l’alternative pour que ces projets soient des projets intéressants du point de vue éducatifs mais s’inscrivent dans les territoires et dans le temps.

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