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Texte : Les dynamiques d’inclusion sociale et d’intégration psycho-sociale

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Préalable 
Le fait qu’il ait de l’exclusion n’implique pas nécessairement qu’il y ait des exclus. Il nous faut distinguer le processus de l’exclusion du processus de la production des exclus.
Nous pouvons même affirmer qu’il n’y a pas de processus sociaux sans processus d’exclusion. Il n’y a pas de société sans exclusion. La constitution d’un champ entraine l’exclusion de ce champ. Donc être pris dans un processus d’exclusion n’implique pas le fait d’être exclus.
Il est donc important de réserver le terme d’exclusion à la fabrique des exclus, c’est-à-dire à l’ensemble des processus qui concourent à identifier des sujets en exclus. Ne sont exclus que les individus dont on penses, et surtout dont eux-mêmes pensent qu’ils sont des exclus.
C’est dans cette approche que je vous propose de livrer quelques réflexions sur les questions d’inclusion sociale et d’intégration psycho-sociale.

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Les dynamiques d’inclusion sociale et d’intégration psycho-sociale

La notion d’intégration est aujourd’hui très répandue et recouvre de fait des réalités très différentes, et est employée aussi, souvent de manière dévoyée ou abusive.

Le concept d’inclusion est lui plus employé parce qu’il est le véritable antonyme de celui d’exclusion et qu’il réfère plus à une approche psychosociologique, autrement dit il recouvre plus les points de vue et le sentiment de celui qui se sent exclus. L’intégration serait plus du champ sociologique
Aussi nous pouvons dire que de ce point de vue les personnes handicapées sont intégrées à la société puisque c’est la société qui en assume globalement la prise en charge, imparfaite certes, et que cela génère beaucoup d’emplois donc que cela pèse sur l’économie. Dans le même temps les personnes handicapées sont exclues parce qu’elles sont éduquées et qu’elles travaillent dans des espaces sociaux particuliers.
L’intégration et/ou l’inclusion est aussi à considérer comme un processus de socialisation de tout individu valide ou handicapé
. C’est le passage des individus, tout au long de la vie, dans les différentes institutions que sont la famille, l’école, l’entreprise, la maison de retraite.
Et de point de vue, il convient de distinguer deux formes d’inclusions. L’inclusion intégrative et l’inclusion ségrégative.
L’inclusion intégrative est une dynamique d’ouverture qui permet à des personnes atteintes de déficiences de rencontrer les personnes valides dans les lieux d’éducation, de travail, de loisirs et d’habitat ordinaire.
L’inclusion ségrégative est une dynamique qui cloisonne, qui enferme es personnes dans des institutions et des filières spécialisées et qui a pour fonction à la fois de porter attention à la personne handicapée mais aussi de la mettre à l’écart.

Regard sur la tension entre grandir et devenir quelqu’un, entre éducation et intégration

Grandir, se construire comme sujet pendant, inscrit dans une filiation, dans une histoire et une culture est un processus qui balance entre intégration et exclusion.
S’intégrer, c’est se reconnaître semblable aux autres, et en même temps c’est se différencier des autres. L’identité, la personnalité se bâtissent dans la nécessaire différenciation des places. L’enfant, garçon ou fille, se structure dans ce rapport dynamique à des deux parents, dans la ressemblances de l’un et dans la différence de l’autre. Ce processus est donc une aventure obligée plus ou moins heureuse, mais indispensable au devenir.
La déficience (le handicap) va venir perturber ce processus et venir désorganiser l’existence psychique et sociale de la personne et de son entourage proche. Tout à coup cette différence va s’accommoder de la peut, de la honte, de l’horrible !
Les sentiments d’impuissance et de mésestime de soi sont alors fortement présents et l’équilibre psychologique et social des proches est mis à l’épreuve. Cela peut entraîner passivité, suractivité, dépression, agressivité, sentiment d’injustice et persécution.
Or ce qui est capital du point de vue l’intégration et de l’identité personnelle c’est non pas de vivre mais d’exister. L’existence, au sens étymologique « Ek/sistere », c’est se mettre en mouvement, quitter l’état de statue. L’existence c’est penser sa vie, non sur un versant dépréciatif mais dans une projection de désirs et de réalisations de projets.
L’existence c’est le rapport aux autres, le regard des autres, la pensée, la parole, la création.
Pour une personne handicapée, enfant ou adulte, ce quoi doit compter ce n’est pas d’être comme tout le monde, ce n’est pas de nier sa différence mais la supporter, la porter et vivre en tant que sujet handicapé. Mais cette opération psychique ne peut se réaliser sans les autres.
C’est là, sur cette dimension, où les vacances, les séjours ordinaires ou les séjours adaptés vont pouvoir agir. Et pour reprendre un propos de T. Lainé, il s’agit bien non de parler de « la place de l’intégration dans les loisirs », mais de « la place des loisirs dans l’intégration ». Le séjour de vacances, ordinaire ou adapté - peu importe en fait (parce que l’un ou l’autre peut participer d’une intégration de surface, d’une fausse intégration) - va permettre cette construction différente des rapports humains et aider celui qui est à handicapé à moins ou à ne plus se sentir exclu, mais à exister. A une condition celle de travailler sur ce que « vacance » veut dire. Et vacance au singulier, pas au pluriel. La vacance c’est le vide, le manque, c’est quelque chose du temps de la naissance de soi. Le temps du désir passe par le temps de vacance, de la rupture et de l’absence, le temps de la parole également.

Plutôt que d’intégration, parlons de l’accueil de l’autre qui nécessitera la mise en place d’un processus de changement du groupe. Il y a à accepter une autre logique de fonctionnement, nécessité à renverser les logiques traditionnelles, pour passer d’une normativité à une logique de l’invention, de la création et de la libre expression. Travailler la capacité d’un collectif à accepter l’inattendu. Parce que accepter l’inattendu participe de la posture d’accueillir l’étrangeté, la différence.
Quand l’intégration se réalise dans cette dialectique de changement, la parole se met à mieux circuler, un certain désordre (négentropie) se manifeste dans la communication entre les individus ; à l’inverse d’une des maladies qui opprime le monde : la maladie de l’entropie, c’est-à-dire la recherche et la consolidation d’un ordre, d’une norme qui nivelle, qui uniformise, qui ôte tout relief à la vie. Et qui au bout du compte fabrique des exclus !

Aujourd’hui ce n’est pas tant l’exclusion la question ou le problème mais bien l’inclusion.

Nous sommes dans l’idéologie de l’inclusion, dans l’idéologie de l’adaptation à tous prix, au risque d’être exclu. Tout les dispositifs, toutes les lignes directrices des politiques éducatives, sociales et soignantes vont dans ce sens ; s’adapter ou se soumettre ! Et dans une revendication permanente au nom du respect des différences, du « droit à ». Le leitmotiv du « j’ai droit à », que les pouvoirs publics abondent pour la paix sociale, a pour effet de produire une montée subtile mais réelle des constructions communautaristes. Ce n’est plus le bien commun qui construit l’humanité ; c’est le lien des groupes et des communautés. La laïcité se trouve ainsi mise à mal. Et d’aucuns se proposent de la revisiter.
Idéologie de l’inclusion, du « j’ai droit à » et « je suis victime de ». L’une des figures en vogue de l’inclus aujourd’hui c’est la figure de la victime ? Et c’est en tant que victimes que les personnes réclament une aide particulière pour retrouver leur place auprès de tous. Cette tendance participe d’un mouvement social profond qui consiste à individualiser le malaise social en fabriquant des sujets qui se définissent comme lésés et qui demande réparation .
Attention donc à ce que, dans cette volonté d’accueillir les personnes handicapée, nous ne participions pas à ce que nous dénonçons par ailleurs.
En conclusion je voudrais citer deux de mes inspirateurs :
« Résister à l’exclusion, résister à l’inclusion, c’est résister à la fabrication de profils subjectifs, prêts à porter, aux réponses toutes faites ». F. Chaumon
« Il n’y a as d’autre savoir sur l’intégration qu’un savoir sur ses propres craintes (l’homme confronté à lui même ») T. Lainé

Dominique BESNARD
Psychologue et Directeur du département des Politiques et Pratiques Sociales des CEMEA

SOURCES :

J-M Bardeau-Gabernet (chercheur sur les question du handicap), extrait d’un article paru dans le dossier n°14 "Accueillir la différence" des "cahiers de l’animation", revue des CEMEA.
F. Chaumon (Psychiatre et Psychanalystes) dans la revue "Communautés éducatives" septembre 2002 n°120.
T. Lainé (Psychiatre) dans le compte-rendu de la journée d’étude du 10/11/1982, organisé par l’ANCE, L’ANEJI et les CEMEA : "Vacances, loisirs : intégration ou exclusion ?"

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