L’été 2022 du champ Inter’

Cela faisait presque deux étés que cette rubrique était vide en raison du covid. Cet été nous avons vécu un quasi retour à 2019. C’était tout de même sans compter la problématique de l’obtention des Visas qui renforce cette injustice dans la liberté de circulation. Nous avons dû reporter l’échange France – Tunisie et Palestine pour cette raison.

L’été 2022 cela a donc été :

  • un accompagnement de la Ville de Geneston
  • une délégation en Tunisie pour le réseau national des Ceméa et une évaluation/ démarche de capitalisation des expériences autour de chantiers de jeunes internationaux.
  • l a présence de volontaires internationaux sur la Région Pays de la Loire. Témoignages ici. des volontaires Cheikh, Moussé et Baye
  • un séjour en Palestine au sujet lequel vous pouvez lire le texte en bas de page

Témoignages de Cheikh, Moussé et Baye

Cheikh, Moussé et Baye sont trois volontaires sénégalais arrivés en juin dernier après deux ans d’attente liée au Covid. Il aura ensuite fallu qu’ils attendent encore 4 mois pour obtenir les Visas malgré le soutien de la Ville de Nantes dans le cadre d’un projet proposé par l’État (Ministère des Affaires Étrangères) !

La vie à Nantes
«  Nos premières rencontres avec les membres des Ceméa étaient accueillantes et chaleureuses (…) J’ai l’impression que les locaux des Ceméa c est le carrefour où se rencontre le monde, où l on peut croiser toutes les origines différentes .
Dans le quartier (Clos Toreau) où nous vivons on peut dire qu’on a été vite intégrés grâce aux temps de loisirs que l’on a partagé avec les habitants en, particulier autour du foot avec les enfants. On a pu aussi avoir des temps de rencontres dans notre appartement, même si on n’a pas pu avoir ces relations avec tout le monde car ils ne nous connaissaient pas et parce que certains se méfient des gens qu’ils ne connaissent pas. Mais au bout de quelques jours avec le fait qu’ils nous voient souvent dans le quartier une approche beaucoup plus importante s’est instaurée entre nous on a joué le djembé ensemble avec les adultes, les parents et les mômes on a refait des matchs football ...

Je peux en dire que ya des choses qui m’ont surpris en France à savoir la Pride dont on entendait cela qu’à la télé… Étonné aussi par le fait que tout est administratif, électronique, dans les bus, dans les trams et on se parle pas, on se salue pas ...
Une différence qu’on a pu constater ici on mange souvent dans les restos, les bars... alors qu’au pays on mange souvent en famille surtout le repas de midi et on mange pas séparé par chacun son assiette mais tout le monde au tour un grand bol...
 »

« Ce qui est bien c’est que l’on a fait directement des choses. Le premier c’était le déménagement du Poulpe. On a pu participer au déménagement et faire plein de rencontres. »

«  Au bout de deux mois, j’ai l’impression que c’est plus complexe que je ne l’avais imaginé. Car actuellement je suis en autonomie, je comprends mieux la vie française complètement différente de celle du Sénégal. Tout est ici électronique avec des machines pour le café ; à laver, avec des cartes bancaires que je n’ai jamais eu au bled. Les transports aussi (tram, bus) qui respectent les heures d’arrivée aux arrêts.  »

«  En France personne n’a le temps de personne et chacun se concentre sur ses propres affaires. On ne se parle pas, on ne se salue pas. Le point commun que nous partageons c’est que tout le monde est sur son téléphone.
Dans notre quartier – le Clos Toreau, la vie est presque comme en Afrique parce que la plupart des habitants sont des africains. Tu te sens même en Afrique quand tu es ici, c’est la pauvreté qui domine dans les familles. Il y a aussi le taux de fécondité (nombre de naissance) et le chômage qui est énorme au Clos. 
 »

L’animation
« BAFA : une formation intense mais très très importante car le BAFA nous a permis de connaître les bases de l’animation à savoir la législation , le consentement , le nombre d anim par groupe de môme, mixité , la sexualité … »

«  Le BAFA cela a été aussi l’occasion de se faire plein d’ami.es. On a pu apprendre des éléments sur l’animation en France en particulier autour de l’autonomie que peuvent avoir les enfants. »

« Les bases de loisirs. D’abord c’était au plein bois qu’on a commencé à faire les kayak, l’escalade... ce sont des trucs que j’ai jamais eu l occasion de faire. Ce sont vraiment des expériences inoubliables. Après c’était la base de loisirs le jardin de la Bardonniére à bois de Céné dont la première semaine j’étais stagiaire référant de la base dont j’étais facilitateur pour la logistique et en même temps pour l’orientation et les deux autres semaines qui restaient j’étais en même temps référant et en stage bafa dont j’ai pu encadrer des groupes de mômes et en même temps les accompagner dans le bois pour le passage des permis de scie ,marteau, perceuse ... pour qu’ils sachent comment s’en servir quand ils veulent se lancer sur des constructions de bateau , de cabane ...

Les terrains d’aventure (Chêne des Anglais ) : une expérience unique qui m’a permis d’acquérir beaucoup de connaissances sur la passation de permis, l’utilisation des outils... Il y a une chose que j’aime sur les TA : le fait que les mômes développent leurs projets librement et d’utiliser tous les outils tels que les scies, les marteaux, les clous, les perceuses, les palettes de bois, les cordes… Juste après leurs obtention de permis, nous les anims on est là juste là pour mettre le cadre de vie avec eux et faciliter l’usage du matériel et des outils.
Il ya des choses qui m’ont étonné : le fait que le terrain était au milieu du deal et à chaque fois il y avait des motos, des vélos tout au long de la journée et la police qui passait souvent. Malgré tout cela les enfants étaient toujours présents et vraiment dévoués à terminer leurs construction de cabanes, de canapés, de chaises...
Il y a un aspect important et positif à chaque soir les parents venaient partager avec nous le goûter et la tenue des réunions sur le comment gérer les conflits dans le quartier...
 »

« Sur les bases j’ai appris ? à mieux connaître les personnes françaises. Je me suis occupé des enfants, j’ai été responsable, appris à faire du Kayak, de la mosaïque, construire des cabanes. J’ai été surpris de la moquerie entre les enfants en particulier autour de leurs accents.  »

Un séjour en Palestine, été 2022

Même si nous le savions avant de partir, la seule utilisation du mot « Palestine » est politique. On apprend à ne pas l’employer en dehors de ladite West Bank. L’homme qui sous ses airs innocents à Orly nous demande la raison de notre venue en Israël nous rappelle à l’ordre : ne rien dire, feinter la méconnaissance de la situation, tel est notre crédo. Cela vaut aussi pour le retour à l’aéroport de Tel-Aviv « les plages sont magnifiques de ce côté de la Méditerranée ».

Heureusement pour nous, cette comédie est de courte durée bien que ce discours soit toujours dans un coin de notre tête. Que ce soit en zone A, B ou C, rien ne nous dit que nous ne rencontrerons pas l’armée israélienne. Effectivement, dans nos déplacements, de Ben Gourion à Jérusalem, de Jérusalem à Naplouse, de Naplouse à Bethléem sans parler de Hébron, nous et nos ami.es palestinien.nes sont forcé.es d’être nez à nez avec les forces d’occupation.

Notre séjour commence sur les chapeaux de roues et cela ne s’arrêtera qu’une fois dans l’avion du retour. Kutaiba du Centre Al Bustan situé dans le quartier de Silwan à Jérusalem Est nous accompagne dans la découverte de sa ville. Passée la visite de l’Eglise du St Sépulcre et de la vieille ville nous arrivons dans son quartier où flottent quelques drapeaux israéliens, non loin des caméras de surveillance. Kutaiba nous narre le passé et l’actualité de ce quartier très peuplé, en proie à des démolitions massives de maisons dîtes illégales. Peu après avoir dégusté notre premier maqlouba nous observons des enfants venu.es faire des activités avec les animateur.ices. Toujours debout après plus de quinze ans d’existence, le Centre Al Bustan a la chance d’être soutenu – entre autres - par un réseau de villes françaises engagées dans la solidarité avec la Palestine. Notre passage à Silwan est de courte durée car nous devons arriver à Naplouse le soir même, où Eslam, ancien volontaire aux Ceméa, nous attend pour ce qui va être la majeure partie de notre voyage.

L’arrivée est brutale et réaliste : non, nous ne sortirons pas le soir après 22h. L’incursion violente de l’armée israélienne le 24 juillet dernier, dans la vieille ville, a redistribué les cartes. Pendant six jours nous avons l’occasion de ressentir la tension qui existe en ce moment à Naplouse. Wajdi Yaeesh, le directeur de Human Supporter Association, partenaire depuis des années des Ceméa, nous prévient : la situation est difficile pour son association qui subit de plein fouet la violence de l’armée et les ripostes des freedom fighters, là pour défendre la Palestine, coûte que coûte, au péril de leurs vies. C’est dans ce contexte que nous rencontrons les jeunes avec qui nous allons passer toute la semaine. Tout le groupe est unanime : dès les premiers instants c’est comme si nous nous connaissions depuis des semaines. Les dialogues sont amicaux, joyeux et riches. La semaine faite de temps d’animation avec les enfants, de découverte de la ville, de témoignages, de hip-hop, de dabka (la danse traditionnelle palestinienne) et de podcasts, passe très vite. Nous rions et jouons beaucoup. Les copaines palestinien.nes, que ce soit à Naplouse ou au camp de réfugié.es d’Askar nous ouvrent leurs portes et leurs histoires. On nous explique ce qu’est la réalité d’un camp de réfugié.es, ce que 1948 signifie, ce qu’iels désirent. La sensation d’être enfermé.es sur leur propre terre semble commune à tous et toutes, et sûrement davantage pour les réfugié.es qui sont encore plus isolé.es que les autres. Au détour d’une rue du camp d’Askar, Barjas, reconnu comme le premier danseur hip-hop à Naplouse, improvise des pas de danse, encouragé par la dizaine d’enfants qui nous accompagnent dans les ruelles minuscules.

Le dernier jour nous décidons de nous diviser en non-mixité et d’enregistrer les paroles des participantes autour de la question suivante « c’est quoi être une femme en Palestine en ce moment ? ». Nous échangeons à bâtons rompus. Merci à Tala, Manal, Dalal et Mira.

Pendant toute la semaine nous apprenons à nous vivre en tant que groupe, nous les français.es qui nous connaissions peu avant de partir. Au-delà des inévitables tensions dues à la vie collective, discuter jusque parfois tard dans la nuit nous permet d’évacuer la colère, l’indignation, la frustration qui nous envahissent durant la journée.
Durant notre séjour, nous commettons des impairs : la vie à l’intérieur des familles et des associations ne s’applique pas à l’extérieur où la sobriété est de mise. Des jeunes sont tué.es quasi quotidiennement par l’armée israélienne, devenant alors des martyrs, imposant le deuil à l’ensemble de la Palestine, de Gaza à Bethléem en passant par Naplouse, pour ne citer qu’elles. Toute la société est sur le qui-vive et nous avons la sensation que la vie ici se déroule au jour le jour ; l’horizon est flou et envisager la vie sur le long-terme ne correspond pas à la réalité vécue.

Les aurevoirs seront monnaie courante durant ce voyage. Et même si nous le savions, nous voudrions continuer les discussions, les rencontres. Les « à bientôt » pleuvent même si nous ne savons pas quand nous nous reverrons. Ici ou là-bas ?
Sur la route, trois check-points. Des belles routes neuves rejoignent les colonies où sont brandis fièrement les drapeaux israéliens. Si certain.es sont assailli.es par la fatigue, beaucoup observent de magnifiques paysages secs et arides, intemporels.
Notre passage à l’association Laylac, située dans le camp de réfugié.es de Desheih, collé à Bethléem, vient enrichir notre grille de lecture : la vie en Palestine diffère de ville en ville et les associations ne luttent pas de la même manière. L’armée israélienne vient à minima une fois par semaine dans le camp. Les lasers rouges ou verts annoncent sa présence. Les habitant.es ne dorment que d’un œil. Qui sera tué ou emmené cette fois ? Chaque famille connaît ça par cœur.

La balade nocturne dans la ville de Bethléem est presque apaisante. Ici on peut rentrer un peu plus tard, toujours accompagné.es. Un bar vend de l’alcool. Néanmoins, avec le Covid et la colonisation qui se durcissent les commerces ont du mal à survivre et nombre de portes sont fermées définitivement.
C’est encore différent de la situation à Hébron, ville colonisée de l’intérieur. Les commerces palestiniens situés au rez-de-chaussée se protègent comme ils peuvent des excréments, de l’acide et autres déchets que les familles israéliennes situées à l’étage du dessus jettent sur eux. Cette situation innommable nous submerge : comment parler de ça ?

Merci à toutes les personnes que nous avons rencontrées. Merci aux associations qui nous ont ouvert leurs portes et ont fait preuve de patience. Remercier semble bien mince quand aux changements qu’ont provoqués ce voyage sur nous. Alors, c’est quand le prochain échange ?