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L’après 2017 : beaucoup d’incertitudes !

Les élections que nous avons vécues en 2017 sont porteuses de lourdes incertitudes. Le « dégagisme » qui s’est exprimé, se construit sans réelle référence idéologique, progressiste, majoritaire. Et nous pouvons craindre que l’alternative posée au 2ème tour des élections présidentielles ne devienne la porte ouverte à l’extrême droite dans 5 ans.

L’individualisme comme valeur et principe essentiel

Effectivement, il est loin d’être sûr que la majorité des français et françaises défendent l’idéologie proposée par Macron, qui se centre sur l’individualisme comme valeur et principe essentiel. Les récents sondages le confirment. Macron disait pendant la campagne : « Mon objectif, c’est davantage de prise en compte des destins individuels que des destins collectifs. » ; « Le véritable enjeu de la politique est de donner à chacun la capacité de réaliser son destin et d’exprimer son talent. ». Pour cela, chacun doit prendre des risques : « Nous allons réconcilier notre pays avec le goût du risque, du droit au chômage pour tous avec la volonté d’entreprendre, avec la volonté de créer, à tous les niveaux. »

Bien évidemment, nous ne sommes pas opposés au fait de prendre des risques, d’entreprendre, de faire exprimer nos compétences et nos talents. Les CEMEA et plus généralement le mouvement associatif, prennent des risques (en achetant des locaux, en se lançant dans certains projets, en proposant des innovations sociales et éducatives…) et sont en capacité d’entreprendre et d’innover. Mais le fait d’entreprendre, d’innover n’est pas une fin en soi. C’est un moyen important et essentiel, mais qui est au service d’un projet solidaire et qui doit avoir pour objectif, entre autres, de ne laisser personne sur la touche.

Les premières mesures – les premières coupes financières

Le Mouvement « En Marche » est certainement un mouvement hétérogène. Et il est complexe de l’analyser aujourd’hui, car cela reste un mouvement récent et nous avons donc peu de recul pour construire une analyse sérieuse et argumentée. Il est hétérogène et donc certainement composé de membres, de député-es, d’adhérent-es qui sont enthousiastes avec la volonté d’améliorer les choses, de renouveler les cadres. Il nous faudra d’ailleurs certainement rencontrer, nous appuyer sur ces personnes pour atténuer les impacts d’une politique, qui s’avère très libérale du point de vue économique.

Aujourd’hui les premières décisions du gouvernement nous dirigent vers des coupes financières. Il y a celles dont on parle dans les médias (Armée avec la réaction de Généraux, les APL…) mais les coupes sont générales. Difficiles de toutes les citer, mais prenons quelques exemples qui concernent directement les CEMEA et plus largement l’éducation populaire et le mouvement associatif.

■ Annulation dès 2017 de 46,5 millions d’euros de crédits d’État destinés aux « contrats de ville » (dans le cadre plus global d’une réduction sur l’exercice 2017 de 300 millions de dotations aux collectivités). Au niveau de la politique de la ville, ce qui est visé, ce sont en effet principalement les programmes d’actions portés par des milliers d’associations, pour beaucoup déjà entamés depuis le début de l’exercice 2017. En clair, tous les crédits non encore engagés sont supprimés et « les actions de médiation vers l’emploi, d’appui aux mobilités, de formation, d’accompagnement à la scolarité, d’offres socio-éducatives, d’éveil à la culture, d’initiation aux sports, d’action solidaire envers les plus pauvres, les jeunes enfants, les seniors, l’égalité hommes-femmes, les personnes porteuses de handicaps, l’accès au logement, à la santé, à la prévention de la délinquance et des radicalisations... » vont se trouver réduites. L’association des maires Ville & Banlieue de France elle-même interpelle et appelle l’État à simplement tenir ses engagements, pour prévenir les risques de rupture grave des équilibres sociaux, dans les territoires urbains où vivent près de 5 millions d’habitants. Pour la Région Pays de la Loire, nous avons déjà reçu des mails des Préfectures, annulant les appels à projets pour Septembre 2017.

■ Le Quai d’Orsay aussi devra se serrer la ceinture. Le gouvernement a décidé d’annuler plus de 165 millions d’euros de crédits de paiement inscrits au programme “action extérieure de l’État”. Quelques 163 millions d’euros d’autorisations d’engagements ont également été supprimés sur l’année 2017. Ces missions couvrent, entre autres, des domaines variés comme le financement du réseau des Alliances françaises et instituts culturels français à l’étranger, les subventions liées aux différents consulats. Concrètement et à titre d’exemple, l’institut français de Naplouse (Palestine) se sent menacé et craint de disparaître dans les mois qui viennent. Et pourtant cet institut contribue à une présence internationale dans un pays occupé, accompagne des coopérations avec les camps de réfugiés et des villes comme Allonnes en Pays de la Loire…

■ La suppression des réserves parlementaires. Aujourd’hui, 70% des fonds de la réserve parlementaire viennent soutenir des projets associatifs sur les territoires. Les associations ne doivent pas être les oubliées d’un dispositif qui les concernait essentiellement, et payer le prix de cette réforme. Jusqu’à présent la réserve parlementaire n’était attribuée qu’à certaines associations, dans une relation bilatérale avec les parlementaires. Ce système, certes, n’était pas très transparent et pouvait mettre en place une relation singulière et pas très démocratique entre un-e parlementaire et une association. C’est d’ailleurs pourquoi le Mouvement associatif « plaide pour une ré-attribution majoritaire des fonds au Fonds National de Développement de la Vie Associative, un dispositif clair qui concerne toutes les associations. Ce fonds est aujourd’hui sous-doté, au regard des objectifs de développement d’un monde associatif, qui compte 1,3 millions d’associations, 13 millions de bénévoles et 1,8 millions de salariés. » Mais à ce jour cette proposition est restée lettre morte !

■ Pour le secteur associatif, une baisse de 25 % ? Ces coupes répondent à une promesse de campagne : économiser 60 milliards d’euros d’ici 5 ans. Cohérent à ce titre avec « nos » politiques régionales. Malgré un premier démenti de Mme Schiappa, la baisse prévue par le ministère serait de 22 millions d’euros et donc de 25 %. Malgré tous les discours rassurants, le risque est grand pour toutes les associations : du Planning Familial aux associations, dont l’objet est l’accueil de femmes victimes de violences sexistes et sexuelles. Mais nous pouvons craindre que la « règle » des 25 % soit généralisée à toutes les associations, règle facile à mettre en œuvre car elle est intégrée juridiquement dans les CPO (convention pluri-annuelle d’objectifs). A cette baisse du financement de l’État, il faudra aussi compter sur les baisses de projets de l’État (comme la Politique de la Ville pour exemple), mais aussi celles des collectivités, soit en relation à leur propre politiques publiques, soit en lien avec la baisse des dotations de l’État.

■ Suspension des contrats aidés. Pour les CEMEA et plus largement pour le secteur associatif, nous ne défendons pas, en soi, les contrats précaires. Employer des personnes en CUI… ne relève ni d’un objectif, ni d’une intention d’exploiter, ni d’une quelconque vanité. Il faut tout de même rappeler que les associations sont à but non lucratifs, c’est à dire que les dirigeants (direction, conseil d’administration) ne tirent pas de bénéfice particulier en lien aux résultats financiers de l’association. Et bien évidemment, les associations préféraient embaucher des personnes sur des contrats non précaires et les rémunérer correctement. Mais pour cela, il faudrait que le secteur association soit mieux reconnu et financé en conséquence. Car si ce ne sont pas les institutions publiques qui paient (communes, État…) ce seront les familles ! On l’a trop vu avec le désengagement progressif de l’État sur le BAFA : actuellement ce sont les familles qui paient un stage trop cher… Mais aujourd’hui, supprimer les emplois aidés est une forme de double peine. Sans les moyens de recruter en CDI, sans emplois aidés, c’est l’activité de centaines d’associations qui est remise en cause.

Pour le secteur associatif, ces fortes baisses auront des impacts importants :

  • L’arrêt ou la réduction d’actions d’utilité publique et sociale
  • La disparition de centaines d’associations et un chômage accru (où l’État paiera les indemnités chômages, au lieu de verser des subventions pour des actions d’utilité sociale…)
  • Un renfort des inégalités territoriales et sociales et ce que Chirac avait appelé, il y a plus de 10 ans, un renfort de la fracture sociale.

Plus globalement l’erreur est de ne percevoir l’aide aux associations, aux actions sociales et éducatives que comme une charge, alors qu’elle représente un investissement d’avenir, certainement plus pertinent que nombre de grands travaux ! Comme on dit souvent, nous avons besoin de salles de spectacles, mais des salles vides en l’absence de politiques culturelles locales ne servent à rien !

Éducation nationale et jeunesse : quelles orientations ?

En ce qui concerne le ministère de l’Éducation Nationale, il n’est pas question de rajeunissement ou de renouvellement, puisque le Ministre Blanquer n’était autre que le numéro 2 du ministère, sous le gouvernement Sarkozy. A la nomination du gouvernement, nous avions déjà deux mauvaises surprises : le passage de l’éducation nationale du 2ème rang au 11ème rang dans l’ordre hiérarchique du gouvernement et l’absence de jeunesse comme celle de la vie associative et des politiques de la ville (ni dans les titres des différents ministères ni au niveau des secrétaires d’État).

Blanquer, dès ses premières interventions et mesures, renforce l’autonomie des établissements, des communes. Bien évidemment, nous sommes favorables à l’autonomie, quand celle-ci signifie une capacité d’agir dans le cadre d’un projet éducatif et solidaire global. Mais dans notre situation, nous pouvons craindre que l’autonomie signifie plus une marchandisation, une source d’appauvrissement éducatif, de mise en concurrence.

  • Remise en cause de la réforme des rythmes de l’enfant, avec les communes ayant la liberté de faire ou de ne pas faire. Voir le communiqué national des CEMEA sur ce sujet.
  • Doublement des classes dans les écoles REP (réseau d’éducation prioritaire) : un paravent ? Le doublement des classes sera très certainement limité et il pourrait (au regard des recrutements actuels d’enseignants) présenter une dégradation des conditions d’apprentissage, pour des centaines de milliers d’élèves des autres classes, confrontés à la hausse des effectifs moyens par classe et aux conséquences du démantèlement programmé du dispositif « plus de maîtres que de classes ».

Quant à l’absence de ministre ou secrétaire d’État à la jeunesse, elle reste une source d’inquiétude et de questionnement. Le CNAJEP a produit un communiqué à ce sujet, dès le 19 Mai dernier : « Au lendemain de l’annonce de la composition du nouveau gouvernement, nous nous étonnons que la Jeunesse n’ait pas été évoquée. Pour la première fois dans l’histoire de la Ve République, il n’y a pas à ce jour d’interlocuteur identifié au sein du gouvernement français. (...) La prise en compte de la spécificité des situations des jeunes dans l’ensemble des grandes politiques publiques n’est pas une réalité concrète dans notre pays, et la jeunesse ne peut être noyée au milieu d’un ensemble de préoccupations…. »

Le rattachement de la jeunesse au Ministère de l’Education Nationale n’enlève pas nos inquiétudes. Dans le décret, d’ailleurs, seule la question du service civique est nommée : une vraie réduction des enjeux transversaux des jeunesses.

Quelles réactions ?

Notre réaction doit être multiple et se construire dans les mois à venir :

Dans un premier temps, c’est à nos coordinations d’intervenir et le plus largement possible : pas seulement au niveau du CNAJEP/CRAJEP, mais plus globalement au niveau du Mouvement Associatif. Les coordinations doivent intervenir en interne, dans les espaces institutionnels existants, mais aussi publiquement.

Intervenir auprès des membres, des député-es en Marche qui nous semblent les plus progressistes, pour faire remonter nos inquiétudes, nos observations, afin que celles-ci puissent contribuer aux débats internes. L’enjeu pour notre mouvement, association indépendante de tous partis politiques, n’est pas d’entrer dans le combat politique, mais de tenter de faire évoluer certaines politiques publiques. Il convient donc collectivement de valoriser le fait associatif, faire connaître le sens de l’action associative et la contribution des associations (réponse à des besoins sociaux, innovation sociale).

De réfléchir à notre propre modèle économique et social. Les remises en causes successives (depuis 1983) appauvrissent nos structures et nous imposent de réfléchir à un autre modèle, qui ne pourra certainement pas se centrer exclusivement sur le salariat et sur nos champs d’interventions historiques. Il convient donc de construire des formes d’engagements variés et de diversifier nos champs d’interventions. Revoir notre modèle économique, c’est une orientation subie et non voulue. Du point de vue idéologique c’est même une certaine forme d’illusion, car les apports de fonds privés (mécénat) sont majoritairement défiscalisés et donc supportés par tous, car représentant des produits en moins pour l’État.

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