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Gilet jaune et grand débat

Rupture entre une partie du peuple et les institutions

Le mouvement « Gilet Jaune » nous intéresse, nous interpelle et nous interroge. Il est difficile d’en tirer des conclusions, des analyses précises tant ce mouvement est surprenant, divers et encore récents. Mais dans un premier temps, il démontre (comme les « incidents » en banlieue ou dans les quartiers populaire) une réelle rupture entre les « gens », le ou les peuples et les institutions. De part institution nous entendons dans ce texte l’État, les collectivités, les partis politiques, les syndicats… A la suite des incendies des maisons de quartier, locaux associatifs à Nantes en Juillet 2018 ; nous écrivions : « Il ne s’agit pas de nous positionner sur ce qui s’est passé (cela ne nous appartient pas) mais de s’interroger sur ce qui est violent, ce qui fait violence dans notre société (…) Nous ne pouvons pas nier : un chômage massif, des perspectives sociales très faibles. Nous ne pouvons pas nier que nous vivons des formes de gentrification des centres villes et des couronnes urbaines pour concentrer dans certains quartiers les classes sociales les moins aisées (...)Nous ne pouvons nier non plus le racisme ordinaire … entre autres de la Police... ». Ces éléments accumulés créent les conditions d’une rupture avec les institutions ; les institutions publiques mais aussi une grande partie de ce que l’on appelle les corps intermédiaires, dont les associations.

On a parfois entendu au cours de ce mouvement social « Gilet Jaune » :

  • « Les associations n’ont pas été attaquées, n’ont pas été visées par le mouvement, c’est preuve de leur reconnaissance et leur pertinence » (entre autres par Attal, secrétaire d’État à la Jeunesse)
  • « L’émergence d’un tel mouvement contestataire existe aussi parce que l’on a nié pendant plusieurs mois l’existence des corps intermédiaires »

Derrière des deux phrases nous pouvons repérer au moins un contresens fondamental. Il se situe sur la lecture des faits. Les associations ne sont pas visées non pas forcément au regard de leurs propres politiques et positionnements mais au regard de leurs poids : elles sont peu utiles à l’évolution de la société, inutile de les cibler ! Aujourd’hui leur fonction reste trop centré sur deux fonctions : assurer des services, panser la société et non la réfléchir et vouloir la transformer.

Un mouvement social divers

Effectivement nous sommes face à un mouvement social varié avec certaines expressions qui nous choquent (ensemble de propos et d’actes racistes, homophobes…). Un mouvement social parfois poujadiste (moins d’impôt, moins de service public, le droit de polluer) mais aussi des revendications pour une meilleure justice sociale, pour critiquer une démocratie pas assez démocratique…

La variété des expression n’a pas aidé à savoir comment se positionner : y aller pour participer, y aller pour aller donner la bonne parole (dire ce qui est vrai avec une forme de paternalisme), ne pas y aller avec une certaine forme de mépris de classe… La posture a souvent été complexe. Les CEMEA n’ont pas à se positionner collectivement mais nous pouvons repérer qu’individuellement notre mouvement a été traversé par ces questions.

Pour nous aider à la réflexion ci-joint deux positionnements :

Quelque-soit les échanges et les positionnements (être ou ne pas y être) nous ne pouvons que déplorer la violence avec laquelle le gouvernement répriment la contestation sociale. Le nombre de blessés, parmi les manifestants, de mutilés, n’a jamais été aussi important au cours d’un mouvement social en France, depuis plus de 50 ans. Nous avons été choqués par les modalités d’intervention de la police. L’image par exemple de dizaine de jeunes assis sur les genoux, les mains sur la tête et moqués par des forces de l’ordre reste en mémoire...

Du mouvement des gilets jaune au grand débat

Le grand débat est lancé et on nous a même demandé d’y participer ponctuellement (plus dans une logique d’aide et d’accompagnement) Proposer des débats, des échanges nous ne pouvons dans un premier temps que soutenir ce type d’initiative. Comment le refuser ? Mais très rapidement, lors de débats internes, les questions sont soulevées. Et nous sommes très réservé-es sur d’éventuelles participations collective. Et dans un tel cas, nous poserions un préambule nécessaire à cette participation :

  • Ce grand débat est ambivalent car il répond à une crise institutionnelle et démocratique. Mais il est aussi certainement une tentative du gouvernement de temporiser et de mettre à mal un mouvement social qui construit un rapport de force.
  • Nous ne repérons pas la suite des débats : comment cela va se traduire, quelles prises en comptes des propositions, parfois même contradictoires ?...

Mais les questions que nous posons ici sont aussi exprimées dans une majorité des débats. Et nous ne pouvons que nous en satisfaire. Les débats lancés dans toute la France montre quelques éléments paradoxaux :

  • Nombre de participant-es s’y rendent pleins de suspicion. On ne voit toujours pas les modalités de traitement des données. Pascal Perrineau, politologue invité à participer à des débats en compagnie de ministres répondra par exemple : « Nous traiterons ces millions de données grâce à l’intelligence artificielle » S’il n’a pas rassuré l’assemblée, il l’aura au moins fait rire !
  • Nombre de participant-es et de débats refusent le questionnaire et choisissent de l’ignorer le jugeant « culpabilisant, infantilisant et sans intérêt. »
  • Nombre de débats posent des questions intéressantes : sur la démocratie et la limite de la démocratie parlementaire ; sur des propositions diverses et variées mais qui souvent interrogent les fondements de notre société actuelle… et démontrent les limites d’un débat participatif qui cache son réel nom : cela ne reste qu’un débat consultatif. Le gouvernement tranchera et fera une proposition en avril ou en mai 2019. Nous sommes loin d’un processus de concertation, de co-construction, de co-décision. Et nous attendons le retour en avril ou mai 2019 sans réel espoir.

Quelle place pour un mouvement d’éducation populaire ?

Cette question est peut être la plus importante pour nous. Le mouvement social « Gilet Jaune » tout comme le « Grand débat » pose la question de notre place, de notre fonction.

Une des fonctions de notre mouvement est de contribuer à une éducation à la politique. Lors de débats nous avons régulièrement pu entendre : « Pour comprendre tout cela, il faut avoir fait sciences politique. Ce n’est pas pour nous. C’est trop compliqué... » Il nous faut aller contre cette idée reçue. Non le débat ne peut pas être la propriété d’experts. Par contre cela démontre un réel besoin d’éducation à la politique, pour réfléchir tous les enjeux de société (économique, sociétaux…) Pour agir sur le monde (localement ou globalement) il faut dans un premier temps le comprendre. Ce travail de démocratisation des connaissance est donc une nécessité vitale. Il nous faut le faire à travers nos actions quotidiennes et sur des temps spécifiques.

Dans un premier nous devons politiser (au sens étymologique du terme) nos propres formations. Une formation BAFA par exemple c’est l’existence d’un groupe qui se doit de fonctionner. C’est donc réfléchir à son fonctionnement, c’est donc instaurer des espaces de paroles, des processus de décisions. C’est donc réfléchir et débattre sur nos représentations d’un fonctionnement collectif, démocratique… Une formation BAFA, c’est aussi échanger sur la relation adulte -enfant, sur les questions de l’autorité (autorité – autoritarisme), la place de l’enfant dans le choix et les processus de décisions sur un temps qui lui appartient… Nous sommes sur une formation éducative et pédagogique mais qui fort logiquement fait réfléchir à des éléments sociétaux (démocratie…) En ce sens c’est une formation d’éducation populaire, d’éducation à la politique.
Mais il convient aussi de proposer régulièrement des débats sur différents sujets. C’est en ce sens que modestement et humblement notre mouvement propose des cafés pédagogiques. L’exemple du printemps du 102 (Nantes) en est un avec vingt-cinq rendez-vous en quatre mois avec des sujets très variés : pédagogie institutionnelle, genre, informatique liberté et contrôle, interculturel...

Nous devons, tous les jours, poursuivre notre travail, l’analyser pour l’améliorer et contribuer à des rencontres, des échanges, à une éducation à la politique qui ne peut pas se faire seulement sur les réseaux sociaux ! Il faut créer de la rencontre collective, du débat collectif dans une relation égalitaire.

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