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Gaza : Une tragédie là-bas Un nécessaire débat ici

L’été 2014 a été marqué par cette guerre. Non seulement nous ne pouvons pas rester indifférent à ce qui s’est passé à Gaza (nombre de morts, écoles prises pour cibles...). Notre mouvement d’éducation ne peut pas non plus rester indifférent aux les débats politiques en France et en particulier au sein de la jeunesse française. Le développement de certaines formes d’antisémitisme – même modestes, du déni de la politique coloniale d’Israël exigent pour notre mouvement d’éducation d’intervenir sur ce sujet, d’oser faire de la politique auprès des jeunes et de leur donner les clés de lecture pour se forger leur opinion...

Gaza, 1,8 million d’individus qui s’entassent sur 362 kilomètres carrés : c’est l’une des régions les plus densément peuplées au monde. Gaza, c’est un territoire enfermé, entouré d’un mur par Israël et l’Égypte avec un accès à la mer limité...

2009, 2012, 2014 : 3 dates qui représentent les 3 dernières guerres menées contre Gaza. En 2014, des milliers de victimes, des quartiers entiers ont été détruits. Les premières estimations financières pour la reconstruction représenteraient plus de 10 milliards d’euros. Au-delà de cette comptabilité, c’est la souffrance qui traverse toutes les familles. La stratégie d’Israël est de détruire mais aussi de marquer les esprits. Cet enfer doit marquer à vie plusieurs générations physiquement mais aussi psychiquement. La barbarie génère des traumatismes cumulés et subis par les enfants sur plusieurs générations. Nous sommes ici dans une transmission parents/enfant, du traumatisme psychique et des images mortifères. En Palestine on ne peut pas parler de post-traumatisme car celui-ci est présent et permanent. Il peut resurgir à tout moment...

Quelques éléments historiques

Sans être exhaustif, pour mieux appréhender cette lourde actualité, quelques précisions peuvent être nécessaires. Ce n’est pas une guerre de religion mais avant tout un conflit colonial qui va s’appuyer sur des fondements religieux. Effectivement, Jérusalem est une terre sainte pour les trois religions chrétiennes, musulmane et juive. La Palestine va connaître du 7ème au 19ème siècle une période dominée par plusieurs puissances musulmanes (empire Ottoman...) avec quelques périodes chrétiennes. Au cours de ces 12 siècles les trois religions coexistent. Au cours du 19ème siècle le mouvement sioniste va se créer avec un objectif de construire une État juif en Palestine. En 1914 on compte 60 000 juifs pour 600 000 arabes. Mais la migration juive en Palestine va s’amplifier avec les répressions antisémites en Europe. En 1945, la Palestine compte environ 553 000 Juifs pour 1 240 000 Arabes. Après la Deuxième Guerre mondiale, l’ONU vote un plan de partage pour la Palestine. Ce plan prévoit un État juif, un État arabe, ainsi qu’un statut international pour Jérusalem. Accepté par les sionistes, ce plan est refusé par les Arabes de Palestine et leurs alliés.

En 1948, alors que le plan de l’ONU n’est pas encore réalisé, les juifs proclament l’État d’Israël, en expulsant les palestiniens hors du territoire. Depuis cette date des générations vivent dans des camps de réfugiés en Palestine, Liban, Jordanie, Syrie. Commence une occupation qui va s’amplifier d’années en années. La carte qui suit illustre parfaitement la situation.

Depuis 1948 de multiples résolutions condamnent Israël (la résolution 194 qui donne le droit au retour des réfugiés palestiniens ; la résolution 242 qui exige le retrait de l’armée israélienne des territoires occupés...). Mais l’État d’Israël n’en tiendra pas compte et ne sera jamais sanctionné...

Une solidarité des CEMEA qui s’inscrit depuis plusieurs années

Accompagnement à la création de Canaan à Gaza (aujourd’hui membre de la FICEMEA) en 1997, participation à des échanges de jeunes avec des Ponts au-delà des Murs et Génération Palestine de 2005 à 2010 en Cisjordanie, création d’un centre de formation alternatif et populaire en Palestine en 2013 (Naplouse, Bethléem et Gaza aujourd’hui)... Notre action s’est toujours basée sur la base des résolutions de l’ONU avec la reconnaissance de l’État d’Israël et de l’État Palestinien et la reconnaissance d’un fait colonial par Israël.
En tant que mouvement d’éducation, il convient de définir nos modes d’interventions et qui se doivent être spécifiques et complémentaires de l’action d’association de solidarité, de Partis Politiques ou Syndicats. Notre projet, avec plusieurs partenaires [1] rassemblé aujourd’hui au sein de centre de formation alternatif et populaire en Palestine, s’élabore dont autour de plusieurs axes [2] :

  • La création d’espaces de loisirs pour permettre aux enfants de jouer, d’ouverture culturelle, de s’échapper mentalement d’un quotidien lourd.
  • Les actions de soutien éducatif et scolaire.
  • Des temps de soutien psychologique : permettre aux enfants de mettre des mots sur l’occupation. Il s’agit entre autres de proposer des espaces pour dire, des espaces pour penser, pour résister.
  • La formation les volontaires qui encadrent ces temps aux méthodes d’éducation active et créatives.
  • Les échanges de jeunes d’ici et là-bas (groupe de jeunes, volontaires...) [3]

Ces actions sont menées autour de plusieurs principes :

  • Les associations sont laïques dans le sens où les enfants peuvent venir de familles musulmanes, chrétiennes ou athées et dans le cadre d’accueil mixte...
  • Les actions sont d’éducation populaire : le projet inclut la sensibilisation et la promotion des droits de l’enfant, les actions visent à donner à l’enfant les moyens d’être acteurs de sa vie et de construire ses propres modes de résistance à l’occupation.
  • Permettre de développer l’approche de l’action éducative basée sur la participation communautaire et encourager le partenariat éducatif entres les écoles, les centres d’animation et les acteurs sociaux avec aussi la mise en réseau des acteurs éducatifs sur l’ensemble de la Palestine

Dans ce contexte de guerre, nous lançons donc un appel à la solidarité avec Canaan dans la mesure où la situation de l’association est difficile et pour autant les besoins sont immenses [4]

Un nécessaire débat en France

Malgré l’été, malgré certaines interdictions les mobilisations ont été importantes [5] et ont fait débat dans la société française. Parmi les critiques les plus régulières on a entendu les questions de l’indignation sélective et l’antisémitisme.

Pourquoi les manifestants ne réagissaient pas face aux massacres chrétiens en Irak, aux crimes commis en Libye. Même si la remarque peut sembler légitime, les raisons ne se situent pas dans une forme d’indignation sélective mais au regard d’une situation géopolitique singulière. Il convient de ne pas oublier que la situation en Irak ou en Libye ont été créé par l’intervention occidentale (USA et Europe) ayant conduit la chute de dictateurs laïques. Même si nous n’approuvons pas ces dictatures, force est de constater que les pays occidentaux ont créer ces révolutions de l’extérieur sans s’appuyer sur des mouvements politiques et sociaux internes et en laissant le pays dans une situation économique catastrophique et sans alternative politique. Face à cette situation on peut s’indigner mais il est plus difficile de construire des propositions et des alternatives, face à un chaos dont « nos » gouvernements sont responsables.
Il est de même dans les critiques sur l’antisémitisme. Phénomène que l’on doit dénoncer mais qui est ultra-minoritaire et rejeté par l’ensemble des organisations appelant aux manifestations. Mais c’est une erreur politique de centrer le débat sur la question religieuse et de voir un premier ministre d’un État laïque venir s’expliquer sur sa politique dans le Moyen Orient que ce soit au CRIF [6] ou dans une mosquée. C’est une nouvelle rupture avec la laïcité et c’est donner un caractère religieux à un fait colonial.

L’importation du conflit en France est une réalité dont il convient de ne pas en faire un tabou et qui ne date pas d’aujourd’hui. Il existe effectivement un phénomène d’identification solidaire qui n’est pas que religieux. C’est aussi l’expression d’une identification liée à un peuple qui subit l’occupation depuis 60 ans, avec un lot de souffrance qui s’expose dans les médias, les réseaux sociaux. Oui il y a une identification car ce que subit le peuple palestinien pour nombre de jeunes, cela représente l’ensemble des maux d’une société qui nie, humilie, méconnaît, génère racisme et exclusion... Oui il y a une identification car pour certains de ces jeunes c’est aussi en lien avec leurs origines et l’histoire coloniale passée de certains pays.

Alors que doit faire un mouvement d’éducation dans ce contexte ?

Plus tôt dans l’article nous avons montré ce que faisaient les CEMEA directement avec la société civile palestinienne. Mais plus globalement la situation en Libye, Congo, Palestine, Tunisie, Irak, Ukraine... nous interpelle. Cette actualité anxiogène peut laisser à libre à de multiples interprétations et parfois même à des formes de simplismes. Un mouvement d’éducation doit permettre aux jeunes et moins jeunes de comprendre ces situations, de se forger une opinion et d’être en capacité d’agir en toute conscience. Cela nécessite d’avoir des échanges, des témoignages, de pouvoir faire des recherches, de confronter des points de vues. Cela nécessite du temps pour répondre à la complexité des situations. Effectivement il convient de ne pas tomber dans le simplisme. Nous ne pouvons pas avoir une approche analytique sur une simple approche action et causalité. Il convient de prendre en compte l’ensemble du contexte et l’ensemble des interactions possibles pour se forger une perception de certaines réalités. En tant que mouvement d’éducation, nous devons favoriser une pédagogie du questionnement dans le cadre de cette complexité pour aller au-delà des apparences, apprendre à voir, à décrypter et à décoder le monde dans lequel nous vivons dans toutes ses dimensions : l’histoire, le politique, l’économique, le social...
Les débats dans la société française, liée à la Guerre de Gaza, démontre l’enjeu pour les mouvements d’éducation d’agir dans ce sens et de manière urgente.

Régis Balry
CEMEA Pays de la Loire

Description des partenaires Palestiniens

Au sein du Centre de Formation Alternatif et Populaire de Palestine nous avons à ce jour 5 associations (3 de Cisjordanie : Laylac sur Bethléem, HSA sur Naplouse et Keffiyeh sur Askar ; Canaan sur Gaza et les CEMEA pour la France)
L’ensemble de ses association se définissent comme une association d’éducation populaire. Sans juger les stratégies de la résistance palestinienne le choix de ces associations est de proposer une alternative non-violente et pro-active au regard de la situation politique. C’est un lieu de promotion de valeurs telles que la justice pour un changement social de la société palestinienne.
Le projet des associations palestiniennes se construit autour de trois axes :

  • Le développement d’actions de loisirs, vacances, culturelles, de soutien scolaire. Ces actions sont aussi destinées aux enfants et adolescents afin d’encourager le développement personnel et la participation à la vie active.
  • Le développement d’un engagement auprès de jeunes. La priorité est de promouvoir au sein de ses participants le sens du service à la communauté et l’action de bénévolat, tout en offrant des activités culturelles qui encouragent la transmission et la préservation de l’identité palestinienne. Les associations permettent le développement d’un militantisme, d’un engagement, d’un volontariat de jeunes...
  • Le développement d’actions de formations autour des pédagogies nouvelles, aternatives et populaires. Par la formation, l’objectif est de contribuer à une structuration de la société civile, de transformer les pratiques et les relations sociales au sein des différents espaces éducatifs (formels et non formels)

Notes

[1Bethléem : Laylac - http://laylac.com/
Naplouse : Human Supporter - www.humansupporters.org / Camp d’Askar - http://keffiyehcenter.wordpress.com...
Gaza : Canaan - www.canaan.org.ps

[3Un blog permet de lire les réguliers témoignages des volontaires, échanges de jeunes en Palestine, Tunisie... : http://international.cemea-pdll.org/

[4Coordonnées bancaires en fin de page sur ce lien : http://www.cemea-pdll.org/GAZA-Stop...

[5Selon les sondages du 11/08/2014 69 % des Français ne se sentent pas très concernés par la situation. Mais parmi les 31 % des personnes qui ne sentent concernés une majorité se sent très concernés dont près des 2/3 en soutien avec la Palestine.

[6Conseil Représentatif des Institutions juives de France

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