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Élections présidentielles

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La question de voter Macron ou de ne pas voter devient le sujet du moment. On ne peut guère allumer une radio, regarder une chaîne télé, traverser un café, aller sur un réseau social sans que l’on parle du sujet. Il existe une forme de moralisme : honte à penser autrement. Les médias ne font même plus semblant et défendent une position sans être très loin de la pensée unique.

Pendant ce temps au sein d’un mouvement d’éducation populaire, les conversations sont multiples. Lors d’une pause café, d’une soirée sur un BAFD, d’un travail autour de la revue de presse d’un CQP et d’un DEJEPS… les occasions sont multiples et permettent des échanges variés.

Ce qui semble fondamental, en tant que mouvement d’éducation populaire, c’est d’accueillir la parole (même celles que nous ne voudrions pas, et oui il y a bien des stagiaires qui votent FN. Nos stages ne sont pas hors du monde). Ce qui est important c’est de pouvoir échanger, réfléchir, permettre les regards croisés, faire des transferts (au regard de nos pratiques éducatives…)

L’objectif est de permettre un regard critique, de décrypter le langage médiatique, le langage politique, de se construire une pensée rationnelle. Mais ce processus n’a rien à voir avec la logique moralisante qui court depuis quelques jours, où un « Mélenchon » qui hésite à voter Macron se voit condamner. On est face à une logique doctrinaire où l’opposant est expulsé, ex-communié, chassé… Pour nous, faire de la politique ne peut pas s’accommoder de ce type de posture.

Alors lors de ces discussions formelles ou informelles on entend plusieurs conversations, on échange, on essaie de se positionner :

Mais tu ne vas tout de même pas renforcer le % du Front National et leur donner plus de force ; voir même prendre le risque qu’ils puissent passer ?

- Mais, mais voter Macron, c’est à coup sûr le FN dans 5 ans, et renforcer le % de Macron c’est lui renvoyer le signe d’une forte adhésion collective.

- Oui mais qu’est ce qui est préférable ? Le FN aujourd’hui ou dans 5 ans ? Ne vaut il pas mieux repousser l’échéance ? On ne sait jamais, de ces 5 ans peuvent sortir une alternative sociale, démocrate ou révolutionnaire….

- Oui mais tu vas voter pour un Macron qui manque réellement d’humilité et de modestie et qui affirme dans l’entre deux tours qu’il ne bougera rien de son programme, qui promet de démanteler le droit du travail.

- Oui comme le disait Trotsky, pour lutter contre le fascisme je suis prêt à m’allier avec le Diable.

- Et tu n’as pas lu la déclaration du réalisateur de « Merci Patron » : C’est un peu comme quand vous allez aux toilettes, vous aimez bien fermer la porte. C’est le principe de l’isoloir, il y a un rideau parce que c’est quand même pas la première fois que je vais avoir à faire un geste dont je ne suis pas fier au deuxième tour d’une élection. Mais néanmoins, quand bien même je glisserai un bulletin Emmanuel Macron dans l’urne, qui n’a pas besoin de ma voix pour être élu parce que je pense qu’il le sera, je serai un opposant ferme à Emmanuel Macron dès le 8 mai au matin, d’ailleurs je le suis déjà avant son élection.

- Oui mais s’abstenir c’est favoriser la révolution. Voter c’est la ralentir.

- OK mais aujourd’hui je crains que si une révolution se déclare qu’elle soit plus nationaliste et réactionnaire qu’internationaliste et progressiste.

- Et Hitler il a été élu démocratiquement. Comme quoi il convient de prêter attention.

- Comme quoi… C’est aussi la preuve que la démocratie parlementaire, que le capitalisme ne sont pas des remparts suffisants contre le fascisme. Peut être même qu’ils le produisent ?

- Mais il faut bien reconnaître que l’humanisme social qu’incarne Macron c’est bien plus acceptable qu’une politique d’exclusion et autoritaire

- C’est vrai c’est un humanisme qui a un double visage et qui risque de produire de l’exclusion, terreau...

Les conversations sont longues et variées. Elles peuvent parfois durer jusqu’à des heures… Elles ne font pas toujours consensus. Parfois même on s’en lasse car elles prennent trop de place dans notre informel. Mais en tant que mouvement d’éducation il est intéressant de laisser libre ces différentes expressions, de prendre en compte la diversité des points de vue, de comprendre la complexité des décisions. Complexe car le Front National est lui-même le produit d’une société qui bafoue, exploite, humilie des millions de gens, une société qui génère la misère et la peur.

Il est donc nécessaire à la fois de barrer la route au FN, au fascisme ; de lutter contre ce qui produit aujourd’hui le succès du fascisme tout comme il l’a produit dans les années 1930 ; de permettre les débats contradictoires, d’essayer de donner les clés de lectures pour permettre aux personnes de se construire une position autonome et qui ne se construit pas en écoutant les prêches, les sermons qu’ils soient religieux ou laïques. Telle est la fonction d’un mouvement d’éducation populaire !

Mais Macron élu, il va être nécessaire de s’organiser contre ce président ultra-libéral. S’organiser pour nos vies et parce que dans 5 ans on risque d’avoir un FN encore renforcé !

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